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LES TROIS PRÉSENTS DE M. D’ARTAGNAN PÈRE
LES TROIS PRÉSENTS DE M. D’ARTAGNAN PÈRE
Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, connu pour être le lieu de naissance de l’auteur du Roman de la Rose, vivait une agitation inhabituelle. Les bourgeois, pris de panique, s'armaient contre des ennemis invisibles, qu’ils supposaient être à l’origine de cette agitation. La guerre faisait partie du quotidien : seigneurs se battaient entre eux, le roi contre le cardinal, et l’Espagne contre la France. Outre ces conflits, les voleurs et les laquais ajoutaient à l’atmosphère de peur permanente. Les bourgeois se mirent en route vers l’hôtellerie du Franc-Meunier, attirés par le tumulte qui en émanait.
La cause de cette agitation se révéla être un jeune homme, semblable à un Don Quichotte âgé de dix-huit ans. Ses traits pointus et ses manières témoignaient de son origine gasconne. Ses vêtements, bien que d'apparence négligée, laissaient deviner un passé plus glorieux. Ce jeune homme, d’un regard vif et intelligent, portait un béret orné et une grande épée qui battait ses jambes à chaque pas. Il était monté sur une bête remarquable : un vieux cheval du Béarn, dont l'apparence bizarre suscitait les rires des passants. Néanmoins, d’Artagnan, le jeune homme en question, connaissait la valeur de cette monture offerte par son père.
Le père de d’Artagnan, lors de l’adieu, lui transmit des conseils paternels précieux et chargés de loyauté familiale envers la couronne, lui offrant son cheval de treize ans, né dans la maison familiale, et l'encourageant à chercher les aventures en se battant courageusement. Champion de plusieurs duels, il représentait un modèle à suivre. À ses côtés, la mère de d’Artagnan lui remit la recette d’un baume de guérison transmissible aux blessures superficielles, marquant une étape émotive de son départ. Elle le quitta en pleurant, lui apportant un soutien inconditionnel malgré sa propre douleur. Avec ces deux présents, accompagnés de quinze écus, d’Artagnan s’arma mentalement pour les défis de Paris.
Durant son voyage jusque Meung, d’Artagnan s’imaginait être victime des provocations de ce qu’il considérait des regards et sourires impudents, souvent ses mains se portaient à l'épée, mais aucun affrontement n'eut lieu jusqu’à son arrivée à l’hôtellerie. Là, il surprit une conversation moqueuse portant sur son cheval, qui le fit éclater de rage au point de provoquer le gentilhomme en duel. Malheureusement, la bataille tourna mal pour d’Artagnan à cause de l’intervention de l’aubergiste et de ses garçons. Blessé et humilié, il fut secouru et soigné avant de découvrir, avec une certaine panique mêlée d'incrédulité, qu’on lui avait dérobé sa lettre pour M. de Tréville. Sûr d’accuser le plastronneur aperçu à l’hôtellerie, d’Artagnan, furieux, reprit courage grâce au baume magique de sa mère. Il fit route vers Paris à pied, sa bourse diminuée, mais son esprit fermement résolu à rencontrer M. de Tréville et à intégrer les rangs des mousquetaires. C’est dans cet état d’esprit qu’il poursuivit son voyage, déterminé à surmonter les incidents cuisants de cette première aventure.